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Data, énergie, dépendance : ce que cache vraiment le mot souveraineté

Data, énergie, dépendance : ce que cache vraiment le mot souveraineté

2026-09-30
Article Souveraineté numérique

Data, énergie, dépendance : derrière le mot « souveraineté », se cachent des enjeux stratégiques majeurs pour les organisations. Entre contraintes budgétaires, lois extraterritoriales et course à l'énergie décarbonée, comment les DSI peuvent-ils construire une stratégie numérique qui préserve leur autonomie ? Retour sur les enseignements d'une table ronde qui pose les bonnes questions.

Temps de lecture : 9 min

L'enjeu : quand la dépendance devient un risque stratégique

La souveraineté numérique ne se limite pas à héberger ses données en France. C'est un système à trois dimensions : la localisation des données, la gouvernance des fournisseurs et la maîtrise de l'énergie.

Aujourd'hui, la majorité des organisations françaises s'appuient sur des solutions américaines (Microsoft, Google, AWS) pour des raisons historiques : acculturation des équipes, facilité d'usage, écosystème mature. Dans le secteur éducatif, les prix préférentiels offerts par les GAFAM renforcent cette dépendance : « Ils acculturent les étudiants pour en faire de bons vendeurs demain », souligne Gwenola Kerglonou, DSI de l'ICAM.

Mais cette dépendance comporte des risques concrets :

  • Juridique : le Cloud Act et la loi FISA permettent aux autorités américaines d'accéder aux données hébergées par des entreprises soumises à leur juridiction, même si les serveurs sont en Europe.

  • Financier : les hausses tarifaires intempestives (15 à 50 % par an) grèvent les budgets IT et réduisent la capacité d'investissement sur la cybersécurité ou les ressources humaines.

  • Énergétique : les hyperscalers s'accaparent la capacité électrique française pour développer des infrastructures IA qui nous seront revendues à prix d'or.

Le cas du datacenter Google à Châteauroux illustre cette tension : l'équivalent de 2 à 3 centrales nucléaires pour un projet qui transforme notre énergie décarbonée en intelligence artificielle… développée ailleurs.

L'approche : trois piliers pour une souveraineté réaliste

1. Localisation ET gouvernance : les deux faces de la protection des données

Héberger en France ne suffit pas. Les lois extraterritoriales s'appliquent aussi aux personnes qui interviennent sur vos équipements. Si votre hébergeur n'est pas européen, son personnel peut être sollicité pour installer des « mouchards » sur vos cross-connects (les fibres reliant vos serveurs).

La certification SecNumCloud impose que les opérateurs soient européens pour garantir que leurs gestes de proximité ne compromettent pas vos données. Comme le rappelle Thomas Hombert (DG d’Etix) : « Dans la souveraineté, il y a de l'humain. »

2. Réversibilité : l'antidote au vendor lock

Le vendor lock (verrouillage propriétaire) est le piège financier majeur. Lorsqu'une architecture repose sur des services propriétaires (bases de données spécifiques, APIs non standard), migrer devient si coûteux que l'organisation reste captive.

La réversibilité doit être pensée dès la conception : « Si je ne peux pas sortir facilement, je vais subir les hausses tarifaires et sacrifier mes autres budgets », explique Sébastien Tinetti (Directeur des Opérations chez Cloudéo). Le Data Act (septembre 2025) impose la suppression des frais de sortie, et dès janvier 2027, certains frais seront plafonnés. Mais la vraie liberté passe par des standards ouverts et une architecture modulaire.

3. Énergie : la ressource stratégique invisible

L'énergie est devenue le nouveau goulot d'étranglement. Jusqu'en 2023, obtenir 4 à 5 mégawatts pour un datacenter régional prenait deux mois. Aujourd'hui, RTE répond : « Vous l'aurez en 2030 ». Les projets d'IA à plusieurs gigawatts monopolisent les files d'attente, repoussant les initiatives européennes.

Arthur Mensch (Mistral AI) l'a rappelé devant la commission parlementaire : 9 gigawatts disponibles jusqu'à 2030, c'est fini. Les acteurs américains achètent cette capacité pour transformer notre électricité décarbonée en services IA qu'ils nous revendront avec une forte valeur ajoutée.

Points de vigilance : les freins réels et comment les lever

Le coût et le temps des migrations

Migrer de Google Workspace ou Microsoft 365 vers des alternatives européennes (Jamespot, OnlyOffice, Nextcloud) est long et coûteux. Mais rester peut l'être encore plus : les hausses tarifaires annuelles finissent par dépasser le coût d'une migration bien planifiée.

Bonne pratique : privilégier une approche progressive, service par service, pour étaler l'effort et embarquer les utilisateurs sans rupture brutale.

La gestion du changement

« Le vrai retard, c'est la gestion du changement », résume Sébastien Tinetti. Les utilisateurs sont acculturés aux interfaces américaines. Mais quand on leur montre des alternatives comme Jamespot, 95 % des usages sont couverts. L'essentiel est de les accompagner et de leur proposer des formations.

Le risque de disparition des petits éditeurs

Choisir un éditeur français ou européen comporte un risque : s'il ne reçoit pas de commandes publiques ou privées, il ne pourra pas investir massivement dans sa roadmap. « Si on veut que les solutions européennes deviennent aussi performantes, il faut leur donner une chance », insiste Thomas Hombert.

La préférence européenne, dont parle Cyrielle Chatelain, Rapporteuse de la Commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique, pourrait jouer ce rôle de catalyseur, à condition qu'elle soit appliquée.

Le shadow IT

Si l'organisation n'offre pas d'alternatives crédibles, les collaborateurs iront chercher leurs propres outils, et la maîtrise sera perdue.

Recommandations actionnables

1. Cartographier vos dépendances critiques : 

Identifiez les services pour lesquels vous êtes en situation de vendor lock : bases de données propriétaires, APIs non standard, outils sans export possible. Priorisez ceux qui représentent le plus gros risque financier ou juridique.

2. Intégrer la réversibilité dès la conception

Pour tout nouveau projet, exigez des standards ouverts (formats de données, APIs) et testez la capacité à exporter vos données. Inscrivez la réversibilité comme critère dans vos appels d'offres.

3. Tester les alternatives européennes sur un périmètre pilote

Plutôt qu'une migration massive, lancez un projet pilote avec un éditeur français (Jamespot, OnlyOffice, Axelor, Eudonet…) sur une équipe ou un site. Mesurez l'adoption, les gains et les freins avant de généraliser.

4. Privilégier les hébergeurs et opérateurs européens

Vérifiez que votre hébergeur est 100 % européen (siège, capitaux, personnel) pour échapper aux lois extraterritoriales. Exigez la certification SecNumCloud pour les données sensibles.

5. Budgéter la migration comme un investissement, pas un coût

Une migration bien menée réduit le risque de hausses tarifaires futures et libère du budget pour la cybersécurité ou l'innovation. Calculez le coût total sur 3 à 5 ans, pas seulement l'année en cours.

6. S'appuyer sur des intégrateurs français

Même si vous conservez des licences Google ou Microsoft, faites-vous accompagner par un opérateur français qui vous conseillera sur les licences, la gestion des risques et les alternatives progressives.

7. Participer aux démarches collectives

Rejoignez les initiatives sectorielles ou territoriales qui mutualisent les retours d'expérience et négocient des conditions préférentielles avec les éditeurs européens.

À retenir

  • La souveraineté numérique repose sur trois piliers : localisation des données, gouvernance des fournisseurs, maîtrise de l'énergie.

  • Le vendor lock est un risque financier majeur : la réversibilité doit être pensée dès la conception.

  • L'énergie décarbonée française est une ressource finie que les hyperscalers américains s'accaparent pour développer des services IA.

  • Des alternatives européennes existent (Jamespot, OnlyOffice, Nextcloud, Axelor, Eudonet) et couvrent 95 % des usages courants.

  • La migration est un investissement progressif, pas un big bang : privilégier une approche par étapes avec accompagnement humain.

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Ces propos ont été partagés par Gwenola Kerglonou (DSI de l'ICAM), Sébastien Tinetti (Directeur des Opérations chez Cloudéo) et Thomas Hombert (DG d’Etix), lors de la table ronde « Data, Energie, dépendance : ce que cache vraiment le mot souveraineté », animée par Franz Jarry (ADN Ouest), à l'occasion de l'événement Tech Alternatives Nantes organisé dans le cadre de la Nantes Digital Week, le 18 septembre 2026 à Nantes. 

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Article partiellement généré par une IA