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Éco-conception numérique : méthodes et retours d'expérience pour des projets data et web sobres

Éco-conception numérique : méthodes et retours d'expérience pour des projets data et web sobres

2026-09-03
Article Numérique Responsable

L'éco-conception numérique ne se résume pas à une liste de bonnes pratiques : c'est une démarche systémique qui nécessite méthode, collaboration et adaptation aux spécificités de chaque projet.

Temps de lecture : 9 min

L'éco-conception numérique ne se résume pas à une liste de bonnes pratiques : c'est une démarche systémique qui nécessite méthode, collaboration et adaptation aux spécificités de chaque projet. Entre référentiels à construire pour les projets data et refonte web exemplaire d'une métropole, deux retours d'expérience éclairent les défis concrets et les solutions actionnables pour concevoir des services numériques plus sobres.

L'enjeu : adapter l'éco-conception aux réalités terrain


L'éco-conception des services numériques s'est longtemps appuyée sur des référentiels pensés pour le web. Le RGESN (Référentiel Général d'Écoconception de Services Numériques), devenu la référence en France, structure la démarche autour de critères couvrant UX/UI, contenu, front-end et back-end.

Mais deux problèmes majeurs se posent :
Pour les projets data, les référentiels existants sont inadaptés. Le volume de données croît de manière exponentielle, dopé par l'essor de l'IA, du cloud et des objets connectés. Pourtant, il n'existe pas de culture de la frugalité dans ces métiers :
 “Les clients nous demandent de tout stocker et on verra ce qu'on fera des données après”, témoigne Laetitia Gaspari, référente nationale éco-conception chez Orange Business. 
Pour les projets web, l'enjeu est de traduire les principes d'éco-conception en décisions concrètes tout au long de la conception, sans sacrifier l'accessibilité, l'ergonomie ou la pérennité technique. 
“80 % de l'éco-conception, c'est du bon sens : faire moins, faire mieux. Le service qui consomme le moins, c'est celui qu'on ne conçoit pas”, rappelle Raphaël Thebaud, consultant expert chez Orange Business.
Ces constats appellent une approche sur-mesure et collaborative, adaptée aux métiers et aux contraintes réelles des équipes.

Co-construire avec les experts métier

Partir des bonnes pratiques d'optimisation existantes

Pour construire un référentiel d'éco-conception adapté aux projets data, l'équipe d'Orange Business a d'abord rassemblé des experts data pour comprendre leur manière de découper un projet : ingestion de données, transformation, stockage, transfert. 
“On leur a demandé : c'est quoi, pour vous, les bonnes pratiques d'optimisation ?”, explique Raphaël Thebaud.
Ce travail a permis de faire émerger une vingtaine de critères spécifiques : limiter les données au strict nécessaire, éviter la redondance, optimiser les requêtes SQL, choisir la meilleure stratégie entre stockage et calcul à la demande, compresser les données, maîtriser la dette technique, piloter le self-service BI…

“On ne veut pas créer 115 bonnes pratiques. Si on sort un chiffre trop éloigné du RGESN, c'est qu'on aura créé une autre complexité que les gens ne s'approprieront pas.” insiste Raphaël Thebaud.

Impliquer les utilisateurs et les citoyens

Pour la refonte du site de Rennes Ville et Métropole, la démarche collaborative a été poussée très loin. Un comité citoyen a été mis en place dès la phase de conception, permettant de tester les choix d'interface, l'organisation des contenus et la navigation avec des habitants.

“C'était très intéressant d'avoir des personnes qui ne connaissaient rien du tout. Ça nous poussait à expliquer, en partant de zéro, les raisons de tel ou tel choix”, souligne Florian Guillanton, designer chez ctrl-s.
En parallèle, des enquêtes auprès des agents ont révélé des usages inattendus : le service relations citoyens utilisait les photos des pages comme repères visuels pour guider les appelants par téléphone, souvent non-francophones. Cette découverte a orienté les choix graphiques vers des illustrations signalétiques (couleurs par type de page) plutôt que vers une suppression totale des visuels.

“Les agents nous ont dit : surtout, n'enlevez pas toutes les images. Les gens se repèrent grâce à ça.” précise Estelle Soleillant Trehin, Rennes Métropole

Choisir des solutions techniques pérennes

Le choix du CMS Osuny (logiciel libre, sites statiques) pour Rennes Ville et Métropole illustre une approche radicale :
  • Architecture statique : les pages sont pré-compilées (délai de 2-3 minutes à la publication), ce qui réduit drastiquement la consommation serveur.
  • Passage de 16 à 2 serveurs : l'hébergement est revenu “à la taille de 2002”.
  • Surface d'attaque cybersécurité minimale : pas de données privées exposées.
  • Galaxie de 15 mini-sites thématiques (transport, urbanisme, enfance…) : chaque sous-domaine a vocation à rester stable pendant des décennies, évitant le cycle infernal des refontes tous les 5 ans.
“Le web, à la base, c'est de l'information. Une URL doit rester là pour des siècles. Pour qu'elle reste au bon endroit, il faut définir quel est le bon endroit, indépendamment des choix électoraux ou communicationnels.” souligne Arnaud Levy, Noesya.

Les pièges à éviter

Ne pas plaquer des outils inadaptés

Le premier draft du référentiel data d'Orange Business a été un échec. 
“On a soumis nos 20 critères à des relecteurs. Résultat : aucun retour, aucun engouement. Le calme plat”, reconnaît Raphaël Thebaud.
Pourquoi ? Parce que les critères paraphrasaient le RGESN sans apporter de valeur ajoutée spécifique à la data : “On était en entre-deux, ce qui faisait qu'on n'était même pas en mesure de critiquer le travail.”.

La solution imaginée : recentrer les objectifs en triant les critères en trois catégories :
  1. Déjà couverts par le RGESN → abandonnés.
  2. Nouveaux critères spécifiques data → développés de zéro.
  3. Critères RGESN à préciser/compléter pour la data.

Accepter l'impossibilité de tout mesurer

Les data engineers demandent souvent : “Comment je mesure l'impact environnemental de mon code ?”. La réponse est inconfortable : on ne peut pas tout mesurer avec précision scientifique.
Les protocoles réseau, les architectures distribuées, le cloud rendent impossible une mesure exacte en grammes de CO2. 
“Mais on peut monter des bancs d'essais sur des environnements maîtrisés, comparer deux requêtes SQL et constater que l'une est 30 % plus performante. On peut raisonnablement penser que le gain sera comparable en production”, explique Raphaël Thebaud.
L'approche retenue a donc été de documenter les protocoles de test, s'appuyer sur des études existantes, et assumer que “ce n'est pas la vérité scientifique, c'est un référentiel de bonnes pratiques”.

Éviter le greenwashing et le perfectionnisme paralysant

“Si on parle trop vite de ce qu'on fait sans l'avoir vérifié, on fait du greenwashing. Mais si on attend 5 ans avant de dire quoi que ce soit, on ne met rien en œuvre”, résume Raphaël Thebaud.
Le paradoxe est constant : comment trouver l'équilibre entre prudence et action ? La réponse passe par la transparence (publier les protocoles, les sources) et l'amélioration continue (tester, ajuster, republier).

Gérer les contraintes organisationnelles

Pour Rennes Ville et Métropole, la réussite tient aussi à des facteurs structurels :
  • Confiance des élus : ils sont intervenus au début, à mi-parcours pour valider les maquettes, et à la fin. Pas de micro-validation à chaque étape.
  • Équipe de journalistes déjà organisée par thématiques, facilitant le passage à une galaxie de sites.
  • Existence d'un service relations citoyens et d'une fabrique citoyenne pour impliquer les habitants.
“On a bénéficié d'une organisation qui fonctionne de manière relativement saine. Ce n'est pas le cas partout. Ce n'est pas uniquement grâce à nous”, reconnaît Florian Guillanton.

Recommandations actionnables

1. Impliquer les experts métier dès le départ : Ne pas imposer un référentiel “descendant” : organiser des ateliers avec les équipes terrain pour recueillir leurs bonnes pratiques d'optimisation, leur vocabulaire, leur découpage de projet.
2. Définir un cadre clair avant de produire : Fixer les objectifs (compléter un référentiel existant ? créer un nouvel outil ?), les contraintes (nombre de critères, niveau de preuve requis) et les non-négociables (ex : s'inscrire dans le RGESN, publier en open source).
3. Tester en conditions réelles avec des utilisateurs : Mettre en place des comités citoyens, des tests avec des personnes en situation de handicap, des enquêtes auprès des agents. Les usages réels révèlent des besoins invisibles dans les spécifications.
4. Choisir des architectures techniques stables et pérennes : Privilégier des solutions libres, des architectures simples (sites statiques si possible), des sous-domaines thématiques stables. Viser la longévité (10-20 ans) plutôt que la refonte cyclique (5 ans).
5. Documenter et partager les communs : Publier les protocoles de test, les templates de fiches, les retours d'expérience en licence libre. Alimenter les consortiums et collectifs existants (RGESN-ARCEP, Designers Éthiques, etc.).
6. Former les équipes en parallèle de la construction des outils : Ne pas attendre que le référentiel soit parfait pour former. Proposer des sensibilisations adaptées aux métiers (data, web, design) et des projets pilotes pour tester les critères en conditions réelles.
7. Obtenir des financements publics : Pour des projets publics ou d'intérêt général, solliciter le Fonds FEDER (Fonds européen de développement régional) qui peut financer jusqu'à 50 % d'un projet intégrant une démarche de sobriété numérique.

À retenir

  • L'éco-conception nécessite des outils adaptés à chaque typologie de projet (data, web, mobile…), pas un référentiel unique plaqué sur tous les contextes.
  • La collaboration avec les experts métier est indispensable pour que les critères soient appropriables et actionnables.
  • On ne peut pas tout mesurer scientifiquement : il faut accepter les ordres de grandeur, documenter les protocoles et rester transparent.
  • La pérennité technique (architectures stables, logiciels libres, URLs durables) réduit drastiquement l'impact environnemental sur le long terme.
  • Impliquer les citoyens et les agents révèle des besoins et usages invisibles, essentiels pour concevoir des services vraiment utiles et accessibles.

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Ces propos ont été partagés lors de deux tables rondes de la Journée du Numérique Responsable 2026 organisée par ADN Ouest. La première table ronde, "Vers un référentiel d'écoconception adapté aux projets Data", réunissait Raphaël Thebaud (Consultant expert et manager digital, Orange Business) et Laetitia Gaspari (Référente Nationale Ecoconception Service Numérique, Orange Business). La seconde, "Concevoir un site web au service des transitions environnementales et sociales : REX du site metropole.rennes.fr", accueillait Estelle Soleillant Trehin (Cheffe de projet innovation numérique, Rennes Ville & Métropole), Christophe Panon (Chef de projet, Ecedi), Arnaud Levy (Cofondateur, Noesya) et Florian Guillanton (Co-fondateur et associé ctrl-s, Directeur Général du Design). Vous pouvez retrouver les supports dans cette ressource.

Pour aller plus loin

Article partiellement généré par une IA