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Accessibilité numérique : de la mise en conformité au pilotage continu

Temps de lecture : 10 min

Face au renforcement du cadre légal et à l'élargissement des obligations, l'accessibilité numérique n'est plus un projet ponctuel mais une démarche durable. Voici comment passer d'une approche réactive à un pilotage structuré, et ce que change concrètement la réglementation pour votre organisation.

L'enjeu : un cadre légal qui se renforce et s'élargit

L'accessibilité numérique est devenue incontournable avec l'arrivée de l'European Accessibility Act (EAA) en juin 2025. Cette directive européenne élargit considérablement le périmètre des entreprises concernées : là où le décret français de 2019 visait les entreprises de plus de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'EAA s'applique désormais aux entreprises de plus de 10 salariés réalisant plus de 2 millions d'euros de CA, dès lors qu'elles proposent des produits ou services essentiels (e-commerce, télécoms, transport, banque-assurance, livre numérique).

Cette évolution ne supprime pas le cadre historique français (loi handicap de 2005 pour le secteur public, décret 2019 pour le privé) mais s'y superpose. Résultat : de nombreuses organisations doivent désormais jongler entre plusieurs textes, plusieurs référentiels (RGAA, WCAG 2.2, norme EN 301 549) et plusieurs organes de contrôle (ARCOM, DGCCRF, AMF selon les secteurs).

Au-delà du cadre légal, l'accessibilité répond à un droit fondamental : permettre à tous les citoyens, quelles que soient leurs capacités ou leurs situations de handicap, d'accéder aux services numériques. Avec la digitalisation croissante des démarches (impôts, courrier, billetterie, achats en ligne), exclure une partie de la population n'est plus acceptable.

L'approche : ne pas commencer par l'audit

Paradoxalement, l'audit de conformité n'est pas la première étape. Recevoir un rapport listant 2 360 défauts d'accessibilité sans comprendre les enjeux ni maîtriser le sujet peut être décourageant et démobiliser les équipes. Le rapport entre le coût d'un audit et celui de la correction des défauts est de 1 à 10 : si l'audit coûte 1 000 €, la remise en conformité peut atteindre 10 000 €.

Étape 1 : Acculturation et formation

Avant toute chose, formez vos équipes. Développeurs, designers, contributeurs éditoriaux, chefs de projet : tous doivent acquérir les bases de l'accessibilité. Les formations dédiées durent généralement moins d'une semaine. Participer à des événements, rejoindre des collectifs, consulter les ressources de la DINUM (Direction interministérielle du numérique) permet de monter en compétence rapidement. Cette acculturation permet de comprendre les résultats d'audit, de prioriser les correctifs et d'intégrer l'accessibilité dans les processus métier.

Étape 2 : Tests simples sans compétences techniques

Avant de lancer un audit complet, réalisez des tests de base :

  • Vérifier les contrastes : installez une extension navigateur (WCAG Contrast Checker) pour identifier les textes illisibles. Un ratio inférieur à 4,5:1 n’est pas accessible.
  • Tester la navigation au clavier : appuyez sur la touche Tab. Pouvez-vous atteindre tous les éléments interactifs ? Voyez-vous clairement où se trouve le focus ?
  • Contrôler les contenus en mouvement : vidéos, carrousels, textes défilants doivent pouvoir être stoppés et relancés.
  • Vérifier les alternatives textuelles : les images produits, les vidéos ont-elles des descriptions ou sous-titres ? Attention aux sous-titres auto-générés, souvent imparfaits.

Ces tests donnent une première photographie de l'état de votre site et des arguments concrets pour dialoguer avec vos prestataires.

Étape 3 : Audit de conformité

Une fois les équipes formées et sensibilisées, l'audit devient une étape de diagnostic utile. Il permet de mesurer le taux de conformité (0-49 % = non conforme, 50-99 % = partiellement conforme, 100 % = conforme) et d'identifier les non-conformités bloquantes à prioriser.

L'audit peut être réalisé en interne si vous avez les compétences, ou confié à un prestataire externe. Les deux ont la même valeur légale. Le référentiel à utiliser : RGAA 4.1 (bientôt RGAA 5) pour le web, RAAM (référentiel luxembourgeois) pour les applications mobiles.

Points de vigilance : l'accessibilité est un marathon, pas un sprint

Ne pas viser la perfection immédiate

Les 100 % de conformité peuvent décourager. Mieux vaut progresser par étapes : corriger d'abord les défauts bloquants, atteindre 50 % puis 75 %, intégrer l'accessibilité dans chaque nouvelle fonctionnalité. L'essentiel est que le service soit utilisable, pas seulement conforme sur le papier. Certains organismes de contrôle acceptent une démarche d'amélioration continue, tant que les services restent accessibles et que les non-conformités majeures sont traitées.

Se méfier des solutions miracles

Les overlays (surcouches automatiques d'accessibilité) promettent une mise en conformité instantanée. En réalité, ils ne résolvent ni les problèmes légaux ni les problèmes d'expérience utilisateur. Ils n'aident qu'une fraction limitée d'utilisateurs (ceux voyant l'interface), créent des conflits avec les technologies d'assistance déjà installées.

Intégrer l'accessibilité dans la chaîne de production

L'accessibilité doit être pilotée au quotidien :

  • Former en continu : les équipes évoluent, les référentiels aussi (RGAA 5 attendu fin 2026).
  • Intégrer des tests automatisés dans la CI/CD (intégration/livraison continue) pour détecter les régressions.
  • Exiger l'accessibilité dans les contrats prestataires : un défaut d'accessibilité doit être traité comme un bug fonctionnel, avec garantie.
  • Publier un schéma pluriannuel définissant la stratégie sur 3 ans et un plan d'actions annuel.

Challenger vos prestataires

Lors d'un appel d'offres, vérifiez :

  • Les références : ont-ils déjà livré des services accessibles avec déclarations d'accessibilité ?
  • Les formations : les équipes projet sont-elles formées ?
  • La méthodologie : comment intègrent-ils l'accessibilité dans leur processus ?

Ne vous laissez pas tromper : l’accessibilité ne se limite pas à la technique, c’est une véritable compétence métier. 

Recommandations actionnables

Démarrer ou structurer votre démarche

  1. Former au moins un référent accessibilité dans chaque équipe (dev, design, contenu, produit).
  2. Réaliser des tests simples (contraste, clavier, médias) sur vos parcours critiques.
  3. Publier une déclaration d'accessibilité même sans audit, en indiquant votre niveau actuel et vos engagements.
  4. Intégrer des clauses accessibilité dans tous les nouveaux contrats et marchés.
  5. Prioriser les correctifs bloquants avant de viser les 100 %.
  6. Automatiser les tests dans votre pipeline de déploiement pour éviter les régressions.
  7. Organiser des tests utilisateurs avec des personnes en situation de handicap (associations comme Valentin Haüy, ASIA).

Comprendre votre périmètre légal

  • Secteur public, collectivités : loi handicap 2005 → RGAA obligatoire.
  • Entreprise privée > 250 M€ CA : décret 2019 → RGAA obligatoire.
  • Entreprise > 10 salariés, > 2 M€ CA, vendant e-commerce/banque/transport/télécoms/livres numériques : EAA → conformité EN 301 549 (ou RGAA/WCAG 2.2 pour le web).

Si vous cumulez plusieurs critères, vous êtes soumis aux deux cadres - mais les obligations se recoupent largement.

Mesurer et communiquer

  • Mention de conformité sur la page d'accueil (conforme / partiellement conforme / non conforme).
  • Déclaration d'accessibilité détaillant le score, les pages auditées, les non-conformités, les moyens de contact.
  • Schéma pluriannuel exposant votre stratégie sur 3 ans.

Ces documents sont à la fois des obligations légales et des preuves de bonne foi en cas de contrôle.

À retenir

  • L'accessibilité est un droit humain, pas seulement une contrainte légale.
  • Formez avant d'auditer : comprendre les enjeux évite la démotivation.
  • Progressez par étapes : mieux vaut 50 % utilisable que 100 % inaccessible.
  • Pilotez en continu : l'accessibilité est un marathon, pas un projet ponctuel.
  • Challengez vos prestataires : exigez des compétences, des références, des garanties.

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Ces propos ont été partagés par Ronan Robe (cofondateur Fruggr by Digital4Better), Simon Bonaventure (Boscop) et Ugo Marnet (référent accessibilité, La Poste DGPN), à l'occasion de la Journée du Numérique Responsable d'ADN Ouest du 17 mars 2026 à Nantes. Cet événement permet aux professionnels et organisations du Grand Ouest de découvrir et approfondir les enjeux environnementaux, sociaux et éthiques du numérique via des retours d'expérience concrets, de s'enrichir par le partage avec d'autres acteurs et d'imaginer des leviers d'actions pragmatiques.

Pour aller plus loin : 

Article partiellement généré par une IA

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